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Les "Billets pirates" relaient la diversité des opinions des militants du Parti Pirate. Ils ne reflètent, ni n’expriment donc pas toujours la position officielle du Parti Pirate et sont publiés sous la responsabilité expresse de leur(s) auteurs(s) et signataires(s).

19 janvier 2013
kardknight

Feuilleton : le CNNum et l’investisseur fantôme…

L’installation du CNNum 2.0 (voir lien) : Conseil National du Numérique « reloaded », le vendredi 18 novembre 2013 par madame la Ministre Fleur Pellerin, donne lieu a un constat douloureux : le principal investisseur n’y a pas sa place !

Qui est-il, cet investisseur fantôme ? Le connaissons-nous ? Il suffit… des noms !
S’agirait-il, funeste coïncidence, de la partie pirate de la population, de vous, de moi ?

Parce qu’une fois considérés, avec l’onction nécessaire et suffisante, les investissements d’infrastructure au sujet desquels, lorsqu’ils s’effectuent par le truchement de la puissance publique, l’inspection générale des finances affirmera qu’ils procèdent du bon emploi de l’impôt, et lorsqu’ils sont réalisés par le secteur privé, ses zélateurs souligneront qu’ils témoignent de la liberté d’entreprendre, il n’en demeure pas moins que ces investissements : en fibres (bonnes pour le transit interréseau, me dit-on), en commutateurs, en équipements « top level » et en communication publicitaire, s’accompagnent de deux autres volets financiers non négligeables. Ils conditionnent la pertinence des investissements précédents.

Double part de l’investisseur fantôme pour une double peine… suspicion et exclusion.

La première est l’investissement financier direct (monnaie sonnante et trébuchante selon la formule consacrée) de chaque internaute-usager-client-citoyen (Ah, enfin !) dans le terminal nécessaire pour accéder au réseau. Soyons clair : sans ordi, tablette, smartphone : rien, que « tchi », nada ! Sans logiciel non plus. Ils ne sont pas tous libres…

Encore cette dépense-ci reste-t-elle quantifiable quoique récurrente (ad vitam) puisque pour profiter des derniers développements, l’usager est sommé d’upgrader à titre onéreux sa paire matériel-logiciel et cela - souvent - contre son gré ; les « early adopters » étant chargés, à l’instar de « hit girls » technoïdes, de pousser le carrosse et plus particulièrement sa cinquième roue.

La seconde source d’investissement de l’internaute-citoyen plus subtile n’est pas moins importante : il s’agit du temps d’auto-formation.

Bien sûr les fournisseurs magnanimes mettent à la disposition de chacun d’entre-nous des « tutos » bien ficelés. Ceci n’empêche pas que l’apprentissage ET la maîtrise des nouveaux usages réclament longueur de temps et persévérance, plus que force ni que rage, d’ailleurs (quoique… “F*** d’écran bleu, entends-je… au fond de la salle.”) !

L’objection selon laquelle ces nouveaux usages ne relèveraient que de l’appétence pour une ludicité marquée au coin de l’hédonisme « bobo » a fait long feu. Depuis plusieurs années, il n’est plus question de gérer sa PME, sa carrière ou son inscription en faculté sans avoir recours à l’internet. La dématérialisation que l’État poursuit dans le cadre de la MAP (ex RGPP) s’appuie sur ce déport des coûts.

Bref, plusieurs millions de citoyen-nes investissent leurs deniers et leur temps pour accéder au réseau. Mis bout à bout, cela représente des sommes considérables à en croire les statistiques du SIMAVELEC [1]. Pourtant cet investisseur-ci : la partie - présumée pirate - de la population, n’est pas convié au festin des lions numériques. Pourquoi ?

Est-ce parce que la proposition du Parti Pirate d’instituer une action en justice collective, seule capable de révéler la puissance de cet acteur fantôme, n’a pas encore été retenue par le législateur ? Whass’up dear ghost partner ?

Est-ce parce que la démocratie réelle serait trop complexe à gérer par le menu détail ?

S’il en était ainsi à quoi sert le Progrès que les chantres du réseautage en gros et demi-gros vantent à pleins « pop-up » ou « overlays » publicitaires ? Existe-t-il un progrès autrement que réglé sur la marche lente des progrès de la démocratie elle-même ?

À moins qu’ici ou là, aussi, quelque amoureux déçus par le « populaire », ne veuille faire de sa liberté une sorte de fantôme, qui incarne, si j’ose l’écrire ainsi, la vision surréaliste du cinéaste Luis Buñuel d’un monde sans épaisseur.

Longanime, je me suis résolu à « jailbreaker » ma tire-lire pour offrir un placard au CNNum - ne me dites pas merci ! - parce que c’est comme les cadavres, il faut lui en faut un pour cacher ce fantôme. À suivre…

Voir en ligne : CNNum

Notes

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