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13 janvier 2013
TXO

Sad Fail : Aaron Swartz n’est plus !

Aaron Swartz n’est plus (1).
by Cory Doctorow
librement traduit de l’anglais

Mon ami Aaron Swartz s’est suicidé hier, 11 janvier. Il avait 26 ans. Je me suis réveillé avec cette mauvaise nouvelle il y a une heure. Je continue à la digérer - Je pense que je vais la remâcher longtemps - mais j’ai pensé qu’il était important de m’exprimer publiquement, afin que nous puissions en parler. Aaron était un homme public.

J’ai rencontré Aaron quand il avait 14 ou 15 ans. Il travaillait sur le XML (à 14 ans, il a co-écrit la spécification du format RSS) et venait à San Francisco souvent, avec Lisa Rein, un de mes amis qui s’occupait également de XML. Lisa prenait soin de lui pour rassurer ses parents sur le fait qu’il était sous le contrôle d’un adulte. À bien des égards, Aaron était déjà un adulte, faisant preuve d’une intensité et d’une vivacité intellectuelle qui m’a vraiment fait sentir à quel point il était un maillon de la mouvance Internet, et combien il habitait cet endroit du monde où vos pensées importent plus que ce que vous êtes ou que l’âge que vous avez.

Mais il était aussi indéniablement un enfant, aussi. Il ne mangeait que des aliments blancs. Nous allions dans un restaurant chinois et il avait commandé du riz à la vapeur. Je suggérais qu’il pourrait devenir un goûteur expert et lui ait indiqué comment, il l’a fait, et a décidé qu’il l’était.

[…]

Je l’ai présenté à Larry Lessig. Il a activement participé à l’équipe technique des Creative Commons, et s’est beaucoup impliqué dans les questions concernant les rapports entre la liberté et la technologie. Aaron était animé d’un idéal puissant, profondément ressenti, mais il était aussi toujours un jeune homme sensible, attiré par des passions nouvelles. Il semblait toujours en quête de mentors, et aucun d’eux n’a jamais correspondu aux standards impossibles qui étaient les siens (et qu’il s’appliquait à à lui-même !).

Ce fut une cause de souffrance et de détresse réelles pour Aaron, à l’origine de sa perception malheureuse de sa propre ambition et des dénonciations publiques de celles de ses amis et mentors. Par considération pour son intelligence, son charisme et son sens de l’amitié, Aaron a toujours été pardonné. Beaucoup d’entre nous, "les adultes" de sa vie, au fil des ans, ont examiné leurs sentiments protecteurs à son égard, et ont vérifié et mesuré que personne n’avait été blessé par la déception exprimée par Aaron. Je pense que nous avions tous compris que, quelle que soit la déception qu’il exprimait à notre endroit, elle reflétait aussi (surtout) celle qu’Aaron éprouvait vis-à-vis de lui-même et celle que le monde lui inspirait.

Aaron a accompli des choses incroyables. Il fut l’un des premiers architectes de Reddit (si certains se plaisent à souligner qu’il n’était pas au sens technique un co-fondateur, il en était assez proche, cela ne fait aucun doute), une fois le site racheté par le groupe WIred / Condé Nast, son éviction actée et les profits encaissés, il devint à plein temps un incorruptible, insouciant et délicieux trublion (« fouteur de merde » dans le texte original).

L’après « Reddit » correspondit à la majorité d’Aaron. Ses exploits coupent le souffle. Il libéra, seul, vingt pour cent de la loi américaine en s’attaquant à PACER, le système qui donne accès aux Américains, contre une redevance à chaque consultation, à leur propre jurisprudence (pourtant dans le domaine public). Après que les activistes eurent élaboré le système RECAP qui permet à ses utilisateurs de mettre toute la jurisprudence qu’ils ont payé en tant que contribuables en libre accès sur un serveur libre : « repository public », Aaron dépensa une petite fortune pour le récupération d’une quantité gigantesque de données afin de les mettre dans le domaine public. Le gouvernement fédéral détestait cela. Le FBI a enquêta sur lui, et pendant un moment, il sembla qu’il était sur le point de connaître de graves ennuis judiciaires, mais il échappa à toute poursuite, et ressortit victorieux de l’épreuve.

Il fonda également l’organisation Demand Progress (Exiger le Progrès), grâce à laquelle il mit son expertise, son argent et sa grande combativité au service du combat politique. L’action de Demand Progress a été décisive dans la victoire, l’an dernier, contre les lois SOPA et PIPA, encore ne s’agissait-il que du début de ses ambitions.

[…]

L’insouciance d’Aaron le conduisait à se mettre au cœur du danger. Aaron s’est faufilé dans les locaux du MIT et a installé un portable dans un placard, pour télécharger un grand nombre d’articles scientifiques (dont beaucoup appartenaient au domaine public), puis a récupéré l’appareil. Ce genre d’action a contribué l’évolution du MIT sur la question du droit d’auteur, et bien qu’Aaron ne fut pas étudiant au MIT, il a été un pilier de la scène pirate à Cambridge, il a été associé à celle d’Harvard, et d’une manière générale fait partie de cette bande ; si Aaron n’avait (encore) rien fait des articles (encore), tout laisse à penser que le résultat aurait « pétillé d’intelligence ».

Au lieu de cela, ils ont jeté son livre. Même si le MIT et JSTOR (éditeur de revues scientifiques) a reculé, les poursuites ont continué. J’ai entendu beaucoup de théories : le gouvernement fédéral qui avait tenté en vain de le coincer pour le « piratage » du système PACER / RECAP, le poursuivait de sa vindicte, le gouvernement fédéral a traqué tous les pirates de Cambridge en lien avec Bradley Manning, dans l’espoir de retourner l’un d’eux, et d’autres théories, moins crédibles. Un couple d’avocats proches du dossier m’a dit qu’ils pensaient qu’Aaron irait en prison.

Ce matin, beaucoup de gens spéculent sur le fait qu’Aaron s’est supprimé de peur de faire de la prison. Cela pourrait être le cas. L’emprisonnement est une de mes terreurs les plus viscérales. C’est moins la peur de perdre sa liberté, que d’être soumis à la violence (et peut-être sexuelle) en prison qui est le plus déterminant. Est-ce cela qui a poussé Aaron à prendre sa décision ?

Mais Aaron déprimait depuis de nombreuses années. Il l’avait écrit et parlait avec ses amis.

J’ignore s’il est utile de remuer ces idées, mais voici une pensée qui me poursuit ce matin ; j’espère que vous me comprendrez. Je ne suis pas sûr qu’Aaron ai su que chacun d’entre nous, chacun de ses amis, aurait répondu à son appel à toute heure du jour ou de la nuit. J’ignore s’il avait conscience, là où il en était de sa vie, que des gens tenaient à lui, l’admiraient et sauteraient dans un avion ou un bus sur un signe de lui pour aller lui parler.

Quelque soient les problèmes auxquels Aaron fut confronté, son suicide ne les résout pas. Quelque soient les problèmes auxquels Aaron fut confronté, ils resteront irrésolus pour l’éternité. Si la solitude lui pesa, ses amis ne pourront plus l’embrasser. Si l’âpreté de la lutte l’a désespéré, il ne galvanisera plus ses camarades grâce à ses brillantes stratégies et son charisme. S’il était affligé, plus jamais il ne sera consolé.

La dépression frappe beaucoup d’entre nous. J’ai lutté contre elle, après avoir été si bas que je ne voyais plus le « bleu de ciel », j’en suis sorti, sans imaginer pouvoir y parvenir. Communiquer, suivre une thérapie comportementale, chercher un conseiller ou un Samaritain - toutes ces activités ont une chance de vous sauver de l’abime. Là où il y a la vie, il y a de l’espoir. Seuls les vivants changent les choses, les morts ne le peuvent pas.

Je suis désolé pour Aaron et désolé par son choix. Mes sincères condoléances à ses parents, que je n’ai jamais rencontré, mais qui aimait leur fils brillant, magnifiquement singulier, et fait en sorte qu’il soit toujours bien accompagné quand il s’aventurait à l’étranger. Mes condoléances à ses amis, en particulier Quinn et Lisa, à tous ceux que je connais et ceux que je ne connais pas, et à ses camarades de « Demand Progress ».

Au monde entier je dis que nous avons tous, personnellement, perdu un être qui avait encore tant de choses à accomplir, et dont l’action a fait du monde un meilleur endroit qu’il ne l’était avant lui.

Adieu, A+ Aaron

Voir aussi in boingboing

Dans les limites de la loi, Cory Doctorow a renoncé à tout droit d’auteur et droits connexes ou voisins sur l’article « RIP, Aaron Swartz."

(les mises en gras sont le fait du traducteur)

Voir en ligne : 1 : RIP, Aaron Swartz - by Cory Doctorow

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