Nuit Debout : pour une authentique convergence des luttes

La Nuit Debout est tout ce que la sphère des commentateurs et analystes médiatiques déteste profondément. Ses chefs de file ne se poussent pas du col et font tout, au contraire, pour empêcher que soient médiatisés quelques arbres proactifs de la forêt militante.

Sa colonne vertébrale est faite de militants des forces alternatives. Ses participants sont divers. Sa teneur sur le fond est encore non identifiée et impossible à étiqueter avec précision. L’ensemble tient fermement à l’écart les médias et leaders politiques traditionnels. Les décisions sont prises par démocratie directe et sans plan préétabli. Enfin, et surtout, dans ces villes de France où ses manifestations émergent, il n’existe rigoureusement aucune connivence entre les participants de la Nuit Debout et les notables, qu’ils soient locaux ou du ‘‘Tout-Paris’’.

Tout cela a le don d’exaspérer le millier de personnes qui, médias et politiques mêlés, ont pour habitude de fonctionner en vase clos de questions creuses, de commentaires convenus et de postures stéréotypées. Car soudain, dans ce jeu de rôles répétitif, ennuyeux et usé jusqu’à la corde qu’est le théâtre politico-médiatique parisien, un mouvement festif, neuf et largement improvisé a fait irruption.

En l’observant, en y participant, l’on constate très clairement que les militants de la Nuit Debout sont les petits frères de ceux du sommet de l’OMC à Seattle, acte fondateur du mouvement altermondialiste, et plus près de nous, du mouvement Occupy Wall Street ou des Indignados espagnols. Si la bataille de Seattle accoucha de la légitimation mainstream de plusieurs revendications – notamment la taxe Tobin –, et si les Indignados aboutirent via Podemos à créer un puissant parti de gauche dans le paysage politique de l’Espagne, l’avenir de la Nuit Debout reste à écrire. Concrètement, que faire pour ne pas devenir lettre morte, ou simple happening fugace ?

Il nous semble urgent, et vital, que la Nuit Debout assume sa vocation de convergence des luttes en s’attelant, par la démocratie délibérative qu’elle pratique depuis son lancement, à l’écriture d’un programme politique. Il n’est nul besoin d’un catalogue de réformes techniques : c’est d’une vision, d’un cap collectif, que la population – en particulier les jeunes – a besoin. A cet égard il ne faut en aucun cas avoir peur de diviser ou de déliter le mouvement en lui donnant un manifeste politique explicite. En effet, les luttes alternatives convergent objectivement sur l’essentiel : c’est-à-dire sur une grosse dizaine d’axes forts ayant trait au modèle économique, social et écologique. Il s’agit donc non pas d’imaginer quelque chose qui n’existe pas encore, mais plus simplement de formaliser en quelques pages ce qui est déjà sur le bout de toutes les lèvres des participants.

Grâce aux initiateurs de la Nuit Debout, le cadre est déjà prêt. La démocratie délibérative est de fait le meilleur processus pour conclure un manifeste sans exclure des manifestants. Encore faut-il avoir le courage politique de transformer les manifestations de la Nuit Debout en autant d’ateliers d’écriture, tant que la dynamique ne s’est pas encore essoufflée. C’est, ni plus ni moins, une course contre la montre. Avant qu’il ne soit trop tard, empressons-nous de donner un contenu au contenant.

Voir en ligne : au sujet du lampagate