Comment changer la société ? (Billet d'humeur)

Hier le Brexit, aujourd'hui Trump. Il va sans dire, quoiqu'on en pense, que c'est du changement. Oui il fait peur, et non je ne m'en réjouis pas. Parce que ce n'est pas ce changement que je souhaite. Celui-là est emprunt de xénophobie, de communautarisme, de sexisme, d'intolérance et de racisme et il est clairement issu du populisme, cette façon simpliste de proposer du changement.

 

Je vais mettre les points sur les i, le changement ne peut pas venir de Trump, de Farage, de Le Pen, mais de vous, de nous. Ils vous promettent tous le retour à l'emploi, mais vous savez bien qu'il n'y en a pas pour tout le monde. Ils vous promettent tous la sécurité, mais vous savez que l'on meurt plus de la cigarette et de l'alcool que d'un bâton de dynamite ou d'une kalachnikov. Ils vous promettent de lutter contre le système, mais vous savez qu'ils en sont issus et qu'ils le servent. Non décidément, le changement viendra de vous. Mais comment ?

 

En effet il n'y a que deux voies qui semblent possibles : la révolution armée ou la lutte civique.

 

Pour moi qui ai fait des études scientifiques, la révolution exprime le retour au point de départ. Un certain nombre d'exemples montrent que même si les révolutions font un peu évoluer les choses, elles ont tendance, mises à part les morts qu'elles engendrent, à changer un pouvoir tyrannique par un autre, on l'a vu non seulement avec la Terreur après la Révolution Française, mais aussi encore aujourd'hui avec l'évolution du régime égyptien : on sait ce que l'on perd, pas ce que l'on gagne. Oui vous pourrez arguer que de la Révolution Française sont issus les Droits de l'Homme (et du Citoyen), mais aussi une confiscation du pouvoir démocratique. Nous pouvons nous en rendre compte aujourd'hui, une oligarchie a remplacé une monarchie. Un pouvoir tyrannique pour un autre, une révolution au sens astronomique du terme : un retour au point de départ.

 

La lutte civique quant à elle s'arme de la loi et de la discussion. En essayant de convaincre l'autre que son choix, ses convictions sont les plus justes. Moins de morts ... et suivant ce pour quoi elle combat, l'efficacité est plus que douteuse. Oui les choses ont évolué, on peut penser à l'avortement, au mariage accessible pour les homosexuels. Mais ces changements ne touchent AUCUNEMENT au pouvoir oligarchique de ceux que beaucoup nomment les « Politiques ». En effet, la discussion et le changement d'opinion s'appuient sur la bonne volonté de l'interlocuteur, et entre nous, je doute de la bonne volonté d'un pouvoir tyrannique. C'est à ce problème que se heurte la Société Civile que tout le monde appelle à l'aide. Elle essaie de convaincre le « Politique » qu'il a confisqué le pouvoir, qu'il abuse de la violence contre le peuple, qu'il a transformé une démocratie en dictature. Soyons clairs, la Société Civile arrive à quelques victoires, mais souvent elle n'arrive qu'à voir une montagne de plus en plus difficile à gravir.

 

Mais la lutte civique ne s'arrête pas qu'à la Société Civile et c'est là qu'arrive un Brexit ou un Trump : les élections. Il faut bien comprendre que pour faire croire à une démocratie, il faut jouer un jeu dangereux, laisser les gens voter. On se moque aisément de l'Afrique et des résultats à plus de 90% mais nous avons vécu la même chose en France en 2002 et si l'on regarde bien, nous avons, peu ou prou, les mêmes personnes au pouvoir depuis les années 80. Et parmi eux, combien d'agriculteurs, d'ouvriers, d'employés, de professeurs, d'infirmières ? Les élections servent donc aujourd'hui juste à savoir qui va exercer le pouvoir. La deuxième phase du jeu dangereux consiste à faire peur, à opposer les gens, à les diviser : chômeurs contre employés ou patron, hommes contre femmes, blanc contre beur contre black contre ... CONTRE. La peur (comme les autres émotions) permet d'abaisser le niveau de prise de décision et d'accepter plus facilement les promesses. Le pouvoir reste en place. Mais malgré tout, un phénomène d'usure s'établit et la montée des extrêmes est inéluctable.

 

Aujourd'hui, le peuple se rend compte des problèmes démocratiques, de l'inertie des « Politiques », parce qu'ils ont du temps, de l'accès à l'information, et un cerveau, quand bien même le système éducatif serait fait pour tirer vers le bas la construction de la pensée. L'exaspération ne peut que monter et le choix de lutter CONTRE dans le jeu des élections ne peut se faire qu'avec des partis visibles. Et la visibilité cela se paie. Attention, je ne veux insulter personne, mais tout le monde est à vendre. Le tout est de trouver le juste prix : un salaire, une subvention ou un buzz... La grogne des agriculteurs est tenue sous la coupe des subventions, la presse abuse des subventions elle aussi  ou subit l'appel de l'audimat qui monte à coup de pub et de buzz. La visibilité se paie, disais-je. Ainsi soit l'on fait partie des gouvernants (et l'on distribue l'argent) soit l'on fait dans le buzz, dans le coup d'éclat, dans l'« anti-système », dans l'outrance, voire, pour certains, dans le terrorisme. Le choix est donc kidnappé par les médias qui jouent les arbitres entre l'oligarchie et ceux qui ont choisi la voie  du buzz :  « Choisissez Citoyen-ne-s entre l'immobilisme et le changement pour le pire ». Peur ! Peur ! Peur ! Tout mais pas ça ! Tout ... mais ... pas ... ça !

 

Sauf que le peuple est un organisme vivant, doué de conscience qui plus est. Tout comme certaines personnes qui montent sur les toits des trains ou roulent largement au-delà des vitesses autorisées, il est capable de commettre des actes autodestructeurs, pour se tester, pour se punir. Voilà ce que sont le Brexit ou Trump, une part de méchanceté et une part de racisme, de xénophobie, de sexisme, certes, mais surtout une grande part  de peur, d'exaspération, d'autopunition : "On va souffrir, mais toi aussi « Politique », tu vas morfler !". Sauf que le « Politique » s'en moque, il a toujours ses connexions et a des cibles déjà toute trouvé sur qui rejeter la cause de sa débâcle : les réseaux sociaux, les médias, les jeux vidéos, Internet, les sondages, l'autre, l'étranger, et il promettra toujours plus. Et l'« anti-système » prouvera qu'il est tout sauf ce qu'il prétendait être.

 

Il faut donc convaincre les médias d'abandonner leur modèle de subvention pour qu'ils redeviennent libres de présenter des alternatives. La gageure étant qu'ils puissent vivre décemment, nous devons accepter de payer nos informations pour que NOUS puissions voir ce que le peuple propose véritablement comme alternative. Car, même si le « Politique » a rendu le jeu complexe, il doit respecter la loi (autant que faire se peut, quand bien même il est doué pour l'esquive) . Les citoyens peuvent donc EUX AUSSI jouer au jeu des élections. C'est dans cette démarche que s'inscrit, par exemple, le Parti Pirate. En effet, tout en louant ce que fait la Société Civile, il propose aux gens de redevenir acteurs de la vie politique, d'aller aux élections, de s'emparer de la démocratie et de lui rendre ses lettres de grâce. Ce n'est pas simple, tant que les médias doivent manger dans les mains du pouvoir ou de l'« anti-système », de se faire connaître. Ce n'est pas simple, quand les gens exaspérés crient « Politiques, tous pourris ». Ce n'est pas simple, quand la Société Civile y voit un ... concurrent.

 

Pourtant le Parti Pirate, c'est la discussion, c'est la concertation, c'est la démocratie, c'est vous, c'est moi. Ce n'est pas pour autant du populisme : je ne vais pas vous promettre un emploi, une cible, un exutoire, un mur. Je ne vais pas vous dire que cela va être facile. En fait, je vais plutôt vous demander de croire en vous, en nous. Adhérez ! Devenez acteurs ! Donnez de l'argent ! Devenez candidats ! Faites nous de la publicité ! Agissez !