Violences policières : quand la brutalité autoritariste répond aux manifestations non violentes.

D’abord l’effet de loupe des médias de masse fut focalisé ad nauseam sur les casseurs en marge des manifestations, avec une analyse par généralisation qui assimilait chacun des Indignés de France à un vandale en puissance. Cependant le soutien populaire attesté par les sondages, en particulier celui des jeunes, se maintint. Le traitement médiatique se mit donc à dépeindre les casseurs comme une fraction, mais en sommant les Indignés de se positionner quant au fait de condamner ou pas les violences. Les manifestants de « Nuit Debout » refusèrent, à raison, d’entrer dans ce mécanisme du présumé coupable dont on exige qu’il se désolidarise. Le soutien populaire se maintint.

Alors seulement, les fourches caudines des tentatives de diabolisation du mouvement altersystème une fois franchies, les médias de masse tolérèrent que soit abordé un sujet beaucoup plus grave que les violences de casseurs en marge de « Nuit Debout » : ce sujet, ce sont les violences massives de la police, alors que nous sommes censément dans une démocratie et un Etat de droit.

La propagande délivrée par le ministère de l’Intérieur est, à cet égard, tout à fait consternante. Après chaque vague de violences policières sur des manifestants, Bernard Cazeneuve rejette la responsabilité sur la minorité marginale de casseurs qui parasite le mouvement social. Ce faisant il feint d’oublier deux éléments cruciaux. Le premier, c’est que la police n’est pas une bande parmi les bandes, régie par la règle « c’est l’autre qui a commencé » : l’honneur et le devoir commandent à chaque policier, quand bien même tout manifestant serait un casseur, de faire preuve de retenue et de proportionnalité dans l’usage de la force. Le second, c’est que les violences policières touchent – cela est avéré au fil des témoignages et reportages – indifféremment aussi bien l’infime minorité de casseurs que des manifestants parfaitement pacifiques, non violents. En d’autres termes, au fil du mouvement « Nuit Debout », il y a des casseurs des deux côtés de l’affrontement : les casseurs et les émeutiers qui par leur violence nuisent à l’engagement de la grande masse manifestante ; mais aussi les casseurs en uniforme qui par leur violence déshonorent la République.

Il y a cependant encore plus grave. Il est avéré, là aussi au fil des reportages et des langues qui se délient, que dans le cadre des manifestations les policiers ont répétitivement longuement laissé des casseurs dégrader la situation d’une manifestation, sur ordre de leur hiérarchie : ce qui facilitait ensuite, en les justifiant, leurs charges sur l’ensemble des manifestants présents. Deux questions politiquement très graves doivent donc être posées. Première question : oui ou non, le ministère de l’Intérieur a-t-il renoué avec la vieille méthode des agents provocateurs, ces policiers en civil qui viennent jouer les casseurs dans des manifestations pour permettre aux policiers en uniforme de donner la charge ? Seconde question : puisque de telles stratégies pour pouvoir faire violence sur les manifestants sont prouvées, ne faut-il pas que la hiérarchie policière qui a donné ces ordres infâmes soit démise de ses fonctions ?

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