Unissons-nous contre une société paranoïaque

Les pirates usent fréquemment de la référence à “1984” et cette habitude est peut-être devenue une paresse intellectuelle. A l’heure où l’état français met en place un système de surveillance généralisée et que Wikileaks nous apprend que ce même état français est systématiquement espionné par l’état américain, il n’est peut être plus temps d’invoquer Georges Orwell. Nous sommes passés plus loin, dans l’univers de Franz Kafka.

Le monde totalitaire d’Orwell naît après une grande guerre : Big Brother s’impose à une population décimée, effrayée, affamée. Celui de Kafka procède de la grisaille, de la routine, de la bêtise administrative. Impossible de savoir quand il a vraiment commencé.

Et la France de 2015 ? Comment en est-elle arrivée là ?

La loi sur le renseignement qui instaure la surveillance de masse est définitivement adoptée par l’assemblée nationale. On a vu un député essayer de lui ajouter en douce un amendement si scandaleusement xénophobe qu’on ne l’imaginerait même pas au programme du Front National. Et quand Julian Assange nous prouve qu’au centre de ce panopticon infernal se trouve une puissance étrangère - qui pratique la peine de mort, la torture et les assassinats “ciblés” - que disent nos responsables politiques ? Que ce n’est pas grave, que c’est bien naturel, qu’on savait déjà… et qu’il est temps de passer à autre chose…

La liberté française meurt, comme assommée d’opiacés

Ce sont les citoyens de France, de la patrie des droits de l’homme, qui sont dépouillés de leurs droits. Cette effroyable régression démocratique découle t-elle d’une invasion, d’une guerre civile, d’un coup d’état ? Non. Elle se conclue pacifiquement dans la douce torpeur du début de l’été. Et cela ne fait pas beaucoup de bruit. La liberté française meurt gentiment, dans l’indifférence générale, comme assommée d’opiacés.Retour ligne automatique
Personne ne pourra dire qu’il n’était pas au courant, qu’il n’avait pas saisi les enjeux, qu’il ne savait pas ce qui se passait. D’abord - il faut le dire - parce que les médias ont fait leur travail et ont abondamment traité de la loi sur le Renseignement. Ensuite parce que de nombreuses organisations se sont mobilisées : Amnesty International, la Quadrature du Net, la ligue des droits de l’homme, le syndicat de la magistrature, etc.Retour ligne automatique
Le fait est que les manifestations n’ont jamais rassemblé que quelques centaines de participants. Le Parti Pirate était présent à chacune d’entre elles et n’a jamais été ambigu dans sa condamnation radicale de la loi sur le Renseignement. Malgré nos moyens limités, nous avons su être à la pointe de ce qui est la mère de toutes les batailles politiques : sans protection de la vie privée il n’est pas de liberté d’expression et sans liberté d’expression il est illusoire d’espérer mener le moindre combat démocratique.

Ni Georges Orwell, ni Franz Kafka

Nous ne voulons pas d’une société de surveillance qui a par ailleurs - avec le Patriot Act américain - largement prouvé son incapacité à protéger les citoyens. Les formations politiques alternatives et les associations de défense des libertés doivent à présent s’unir pour continuer le combat. Sans front commun, il n’est pas de victoire possible. Rassemblons nous pour restaurer la liberté des français. Ensemble, empêchons notre société de glisser vers l’enfer de Georges Orwell ou le cauchemar de Franz Kafka.