Rapport Reda : action-réaction

Le 19 janvier, notre eurodéputée Julia Reda présentait son rapport évaluant la directive de 2001 sur le droit d’auteur et les droits voisins. [1]

Le 27 janvier, elle nous présentait les premières réactions à ce rapport. On y remarque l’exagération typique des sociétés d’ayants droit français. Sentant déjà que la lutte serait rude. Julia nous appelait à la mobilisation auprès de nos députés pour soutenir son projet.

Le 3 février, nous apprenions [2] que le secrétariat général des affaires européennes, émanation du gouvernement français, avait adressé une note aux eurodéputés sans en faire état à la rapporteure. Que trouve-t-on dans cette note ? L’argumentaire habituel des lobbys français tenants d’un profitable (pour eux...) immobilisme.

Ce même jour, une rencontre était organisée à Bruxelles. D’un côté, Julia Reda, de l’autre, l’incontournable Pr. Sirinelli, spécialisé dans l’écriture de rapports favorables aux ayants droit que ce soit sous présidence de M. Sarkozy ou M. Hollande. Au milieu, Jean-Marie Cavada, vice-président de la commission des Affaires Juridiques, dont on aura pu avoir la bonté de présumer la neutralité même si nul n’ignore que sa longue carrière à la télévision l’a rapproché de certains milieux, mais dont l’intervention démontre qu’il est simplement aligné sur les positions des ayants droit.

Aujourd’hui

Nous aurions bien aimé suivre la demande de Julia, appeler nos eurodéputés, leur demander de se positionner. Hélas, face au constat que Mme. la ministre Fleur Pellerin se permettait devant toujours les mêmes ayants droit une remarque désobligeante envers notre représentante, ne comptant pas trop sur l’UMP pour soutenir d’horribles libertaires dans notre genre, il ne restait qu’un député Vert, un Modem et une indépendante pour éventuellement écouter nos arguments.

Mais qui s’étonnera de ces convergences dans l’ambiance actuelle, défensive et nationale ? Tremblez braves gens, une eurodéputée propose de faciliter le partage inter-bibliothèques à l’échelle européenne ! Horreur, on autoriserait le droit de citation dans l’audiovisuel, rendez-vous compte, comme si les gens pouvaient faire leurs propres critiques de film sur internet ! Dans le plus grand mépris du consensus établi parmi les élus du PS et de l’UMP, on souhaiterait aller dans le sens du bien commun plutôt que celui des intérêts privés. On essayerait de dépasser les mécanismes du 19e siècle et leurs institutions dévoyées. On voudrait renforcer la création libre, et l’accès à la culture de chacun. La peste soit de l’altérité en politique !

Demain

Que la question des droits d’auteurs et droits voisins soit marginale, l’écume de la politique et de l’économie, on peut le croire. Mais ne serait-elle pas au contraire symptomatique des grandes questions, d’équilibres nouveaux à trouver dans l’ouverture mondiale contre le renfermement national ?