Les Panama Papers prouvent que les cypherpunks avaient raison... …mais personne ne sait ce qu’est un cypherpunk

La pratique de l’évasion fiscale par les puissants et les célébrités de ce monde était un secret de Polichinelle bien avant les Panama Papers. Ce scandale international aura toutefois eu le mérite de révéler au grand public trois éléments auparavant trop peu connus.

Il a démontré tout d’abord l’ampleur colossale du phénomène. Ce qui était jusqu’alors vu – à tort – comme une pratique blâmable mais marginale de montages fiscaux par certaines grandes firmes, de blanchiment d’argent par certaines maffias, de comptes occultes pour quelques dirigeants politiques, s’avère constituer une pratique courante et massive des élites de la mondialisation.

Ce même scandale a aussi exhibé une réalité dont on ne parle pas du tout assez aujourd’hui. A savoir : la pratique des sociétés-écrans, qui servent de paravents pour échapper ainsi à l’impôt grâce à l’anonymat, est dans la plupart des cas parfaitement légale. C’est donc une preuve absolue, tout à fait tangible, que le libre jeu financier mondialisé, peu ou pas réglementé, conduit inéluctablement au fait que les plus fortunés et les plus puissants échappent aux règles politiques et morales qui doivent pourtant s’appliquer à tous dans une société civilisée.

Enfin et surtout, l’affaire des Panama Papers a démontré que les thèses avancées par plusieurs cypherpunks sur l’enjeu fondamental de la transparence sont parfaitement vraies. Les cypherpunks sont, pour résumer, un courant de l’anarchisme contemporain qui s’est situé très en pointe à l’avant-garde du combat pour la défense des libertés individuelles sur Internet. Les plus célèbres d’entre eux sont par exemple Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, ou encore Philip Zimmermann, inventeur d’un des logiciels de cryptage des emails les plus utilisés au monde.

Un des points-clés de leur pensée commune est le suivant : grâce aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) et grâce au big data (les systèmes de collecte massive et de traitement tout aussi massif de nos données individuelles privées), de grandes firmes comme les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et bien sûr des agences gouvernementales comme la NSA disposent d’un pouvoir colossal sur l’humanité, parce que tout ou presque ce qui concerne chaque individu leur est totalement transparent. Par extension, c’est l’oligarchie mondialisée – politique, économique et financière – qui jouit de ce pouvoir sur nous tous.

Par conséquent, du point de vue des cypherpunks, tout citoyen du monde doit se doter d’outils pour échapper à la surveillance de masse, c’est-à-dire essentiellement d’outils de cryptographie : l’application Signal pour les smartphones est un bon exemple. Parallèlement, les mêmes considèrent que le combat prioritaire doit être d’inverser la situation de transparence : au lieu de la transparence des faibles au bénéfice des puissants qui eux profitent de l’opacité et du secret, il faut passer pour reprendre les mots de Julian Assange à « transparence des dominants, protection de la vie privée pour les dominés ».

A présent que les Panama Papers ont spectaculairement étayé leurs thèses, reste à populariser ces dernières. En effet, au même titre que le combat des libertés numériques en général, celui des cypherpunks subit un point faible très lourd : sa difficulté à sortir du microcosme des activistes. Pour le dire plus brutalement : afin que la cause cypherpunk gagne la bataille des idées, il devient urgent que ses défenseurs fassent vraiment l’effort d’apprendre à la rendre intéressante pour les publics que spontanément ça n’intéresse pas ; et d’apprendre à l’expliquer simplement pour les publics qui spontanément n’y comprennent rien. Ce n’est qu’en faisant ce travail de pédagogie et de vulgarisation qu’à terme, le combat pour les libertés numériques de tous pourra être gagné.

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