Ecologie : le grand renoncement.

Le camp du désintérêt pour le sort de la planète reste puissant dans la population française. Les résultats de l’enquête d’opinion conduite en 2015 pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) sont à cet égard édifiants.

Certes, la prise de conscience du devoir écologique de l’espèce humaine reste très prégnante dans notre société : 20% des Français sont très soucieux des problèmes liés à l’environnement et plus de 40% sont prêts à des sacrifices dans leur vie de tous les jours pour le protéger. Néanmoins, 24% des Français se déclarent désengagés face aux problèmes écologiques, et 20% considèrent qu’agir pour l’environnement n’en vaut la peine que si cela leur fait gagner de l’argent. A cela une explication très simple : l’examen attentif de la population écologiquement désengagée révèle une surreprésentation des pauvres et des chômeurs.

En d’autres termes, le principal obstacle à une mobilisation générale des Français pour sauver la planète est économique et social : l’appauvrissement croissant de la « France d’en bas ». Alors qu’en apparence l’écologie et la résorption des inégalités sociales semblent deux sujets distincts, il apparaît ainsi qu’une politique très active de redistribution des richesses est, indirectement, dans l’intérêt de la cause écologique.

Or, contrairement à la réputation punitive que lui assignent ses détracteurs néolibéraux, l’écologie peut justement être une source de réformes pour combattre le chômage et faire baisser la pauvreté. Prenons quelques exemples. Le développement massif des énergies non fossiles, pour sortir du tout-pétrole actuel, permettrait de soulager les ménages pauvres face au prix à la pompe. Un programme d’isolation thermique, dont les habitats les plus modestes ont le plus besoin, réduirait la facture énergétique des foyers français en général ; des foyers modestes en particulier. D’ambitieux grands travaux, comme ceux de fermeture des centrales si nous décidons de sortir du nucléaire, sont à même de créer des milliers d’emplois non délocalisables. La mise en place de taxes protectionnistes contre l’agriculture industrielle, notamment en provenance d’Allemagne et du Brésil, redonnerait de l’oxygène aux petits agriculteurs hexagonaux. Et ainsi de suite.

Malheureusement, nous ne prenons toujours pas le chemin de cette écologie de plein emploi et de réduction de la pauvreté. A contre-courant de la sortie du pétrole, le parti Les Républicains s’est laissé captiver par les trompeuses sirènes du lobby du gaz de schiste. Le Parti socialiste a instrumentalisé la question du nucléaire en général, et de la fermeture de la centrale de Fessenheim, pour renoncer par ailleurs à toute politique de « keynésianisme vert ». Europe Ecologie Les Verts a vu son état-major éclater entre les partisans d’une écologie sans renoncement carriériste, et ceux d’un renoncement carriériste sans écologique. Le reste est à l’avenant.

Il n’y a pas matière à débat quant à la nécessité d’être écologiste : car c’est l’avenir de l’humanité, au travers de l’avenir de son écosystème vital, qui est en jeu. Il est à cet égard profondément absurde que tant d’efforts aient été déployés si puissamment, si vite, et mondialement, pour sauver le système bancaire mondial de l’écroulement après le Krach de 2007-2009 ; mais que si peu soit fait, en France et chez les autres grandes puissances mondiales, pour sauver une planète qui nous est pourtant indispensable.